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1910

VEILLÉE HEUREUSE

Renée VIVIEN

J’épie avec amour, ton sommeil dans la nuit : Ton front a revêtu la majesté de l’ombre, Tout son enchantement et son prestige sombre… Et l’heure, comme une eau nocturne, coule et fuit !

Tu dors auprès de moi, comme un enfant… J’écoute Ton souffle doux et faible et presque musical S’élevant, s’abaissant, selon un rythme égal… Ton âme, loin de moi, suit une longue route…

Tes yeux lassés sont clos, ô visage parfait ! Te contemplant ainsi, j’écoute, ô mon amante ! Comme un chant très lointain, ton haleine dormante, Je l’entends, et mon cœur est doux et satisfait.

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