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1903

TO THE SUNSET GODDESS

Renée VIVIEN

Tes cheveux sont pareils aux feuillages d’automne, Déesse du Couchant, des Ruines, du Soir ! Le sang du crépuscule est ta rouge couronne, Tu choisis les marais stagnants pour ton miroir.

L’odeur des lys fanés et des branches pourries S’exhale de ta robe aux plis lassés : tes yeux Suivent avec langueur les pâles rêveries : Dans ta voix pleure encor le sanglot des adieux.

Tu ressembles à tout ce qui penche et décline. Passive, et comprimant la douleur sans appel Dont ton corps a gardé l’attitude divine, Tu parais te mouvoir dans un souffle irréel.

Ah ! l’ardeur brisée, ah ! la savante agonie De ton être expirant dans l’amour, ah ! l’effort De tes râles ! — Au fond de l’angoisse infinie, Je savoure le goût et l’odeur de la Mort.

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