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1908

SONNET POUR LA LUNE

Renée VIVIEN

Protectrice de ce qui s’effare et qui fuit, Souveraine des bois, des sommets et des rives, Toi qui prêtes un songe illusoire aux captives Que le malheur inné de leur race poursuit,

Toi dont le regard froid et mystique traduit Le pâle amour de nos âmes contemplatives, Toi qui dores un peu l’argent vert des olives, Toi qui daignes sourire aux filles de la nuit,

Toi qui règnes sur les grenouilles, sur les lièvres, Sur les eaux, les marais où sommeillent les fièvres, Les fleuves et les mers que tu sais engourdir, Visite-moi couchée à l’ombre d’une berge !

Mon cœur n’a plus que le vide de son désir Et j’aime vainement l’étoile la plus vierge !

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