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1903

SOIR

Renée VIVIEN

Les flots du Léthé coulent sur l’ardeur vaine Des corps et des yeux ivres de pleurs versés. L’ombre réunit les troupeaux dispersés Là-bas, dans la plaine.

Au fond de l’Hadès où dort Perséphoné, Les vierges sans voix, ses compagnes fidèles, Cueillent en rêvant les pâles asphodèles Au rire fané.

Ayant contemplé la mort des hyacinthes Dont la pourpre fraîche assombrit d’un regret La montagne, j’erre et je pleure en secret Sur les fleurs éteintes.

Et j’évoque en vain tes prunelles d’ors froids, Éranna, ton front, Gurinnô triste et tendre, Tes lèvres, Atthis ! tes seins, Gorgô,… la cendre Des nuits d’autrefois.

Auprès du foyer et de l’essor des flammes, Le Soir a versé le repos comme un vin. Ah ! que ne peut-il, apaisant et divin, Réunir les âmes ?

Que de souvenirs à la chute du jour ! Songeant aux douleurs qui redoutent l’aurore, Comment ai-je su garder vivant encore L’amour de l’amour ?

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