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1910

RÉSURRECTION MAUVAISE

Renée VIVIEN

Ô tristesse, ô rancœur des songes tôt ravis ! Par un matin d’automne, enfin, je la revis Celle dont le nom seul étourdit et caresse, Celle qui fut pour moi l’Amour dans la Jeunesse,

Celle-là qui reçut mes sanglotants aveux Celle dont j’adorais les suprêmes cheveux, Son image lointaine en moi demeurait belle Et je me dis avec étonnement : C’est elle !

Ce sont là les cheveux de lune d’or tramés, Et ce sont là les yeux qui furent tant aimés… Le cœur soudain mordu par l’angoisse légère, Très pâle, je voulus saluer l’étrangère.

Mais le salut courtois ne vint point de mon cœur Où ne frémissait plus même un peu de rancœur. Je dis alors, la voix un peu triste, un peu lasse : « Toi qui passes, la route est large et longue… Passe !

« N’espère point troubler le calme de mon deuil Ô Morte qui survis, regagne ton cercueil ! »

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