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1908

RÉCONCILIÉES

Renée VIVIEN

Mon éternel amour, te voici revenue. Voici, contre ma chair, ta chair brûlante et nue. Et je t’aime, et j’ai tout pardonné, tout compris, Tu m’as enfin rendu ce que tu m’avais pris.

Je puis enfin dormir, dans l’ombre de ta couche, Puisque j’ai reconquis ton regard et ta bouche. J’oublie en tes doux bras qu’il fut des jours haïs, Que tu m’abandonnas et que tu me trahis.

Q’importe si jadis le caprice des heures Sut t’entraîner vers des amours inférieures ? Qu’importe un être vil ? Son nom soit effacé !… Je ne me souviens plus de ce mauvais passé.

Je ne me souviens plus que de ta face pâle Lorsque tu fis le don suprême, dans un râle… Et voici, comme hier, ton corps entre mes bras… Ordonne, je ferai tout ce que tu voudras.

Comment ne point bannir toute ancienne querelle Et ne point pardonner, en te voyant si belle ? Comment ne pas t’étreindre et ne pas abolir Le souci, l’amertume et le long souvenir,

Et n’aimer point la nuit qui voit nos chairs liées, Et mourantes d’amour et réconciliées ?…

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