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1902

PROPHÉTIE

Renée VIVIEN

Tes cheveux aux blonds verts s’imprègnent d’émeraude Sous le ciel pareil aux feuillages clairs. L’odeur des pavots se répand et rôde Ainsi qu’un soupir mourant dans les airs.

Les yeux attachés sur ton fin sourire, J’admire son art et sa cruauté, Mais la vision des ans me déchire, Et, prophétiquement, je pleure ta beauté !

Puisque telle est la loi lamentable et stupide, Tu te flétriras un jour, ah ! mon Lys ! Et le déshonneur hideux de la ride Marquera ton front de ce mot : Jadis !

Tes pas oublieront le rythme de l’onde, Ta chair sans désir, tes membres perclus Ne frémiront plus dans l’ardeur profonde : L’amour désenchanté ne te connaîtra plus !

Ton sein ne battra plus comme l’essor de l’aile Sous l’oppression du cœur généreux, Et tu fuiras l’heure étrange et cruelle Où l’ombre pâlit le front des heureux.

Ton sommeil craindra l’aurore où persiste Le dernier rayon des derniers flambeaux : Ton âme de vierge amoureuse et triste S’éteindra dans tes yeux plus froids que les tombeaux.

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