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1908

POUR L’UNE, EN SONGEANT À L’AUTRE

Renée VIVIEN

Je vous admire et je vous sens indiscutable Autant qu’une statue en face de la mer. Vos regards ont ce bleu périlleux qui m’est cher. Vos cheveux d’or brûlé sont plus doux que le sable.

Vous êtes belle ainsi qu’un hymne triomphal. L’eurythmie elle-même a décidé vos poses. J’aime, pour vos cheveux, les rubis et les roses Rouges, pour votre corps un lourd manteau ducal.

Maintes et maintes fois, relisant votre face, Je vous admire, ainsi qu’un poème éternel… Vous êtes évidente à la façon du ciel, Gloire de votre terre et fleur de votre race…

Oui, vous êtes pareille, avec la cruauté De vos regards d’azur, de vos hanches profondes, À celle qui posa ses pieds nus sur les ondes, Et je célèbre en vous l’implacable beauté.

Vous êtes despotique, invincible, éternelle, Et vos caprices ont l’autorité du vent. Jamais nul ne dira trop haut ni trop souvent, Elle est belle… Car vous êtes belle, très belle…

Vous êtes vous, enfin. Pourquoi faut-il alors Ô parfaite ! qu’auprès de vous je me souvienne D’un visage lointain et d’une image ancienne. Et de pâles cheveux sans rayons et sans ors ?

Pourquoi faut-il ainsi que mon éloge alterne Avec un long sanglot sur le mode mineur, Qui célèbre sans fin, sans paix et sans bonheur, Les yeux moins lumineux, la chevelure terne ?

Les jours auprès de vous sont plus clairs et meilleurs. Vous n’avez jamais eu ce geste qui repousse, Et vous êtes plus belle et vous êtes plus douce… Pourquoi faut-il qu’on aime ailleurs ? toujours ailleurs ?

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