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1908

PENDANT QU’ELLE DORMAIT

Renée VIVIEN

Vous avez entrouvert vos lèvres cette nuit Et j’ai cru que c’était pour des paroles basses, Mais vous avez laissé retomber vos mains lasses… Vous avez soupiré, c’était à peine un bruit.

Moi je vous regardais, je regardais cet ambre Rouge et cet or profond que sont vos doux cheveux… Je tenais dans mes mains le plus cher de mes vœux, L’Amour lui-même était présent dans notre chambre.

Je ne m’endormais plus pour voir votre sommeil Semblable au rocher calme où le vent dur s’émousse… Dans l’émerveillement d’une nuit aussi douce, J’ai cru que jamais ne renaîtrait le soleil.

J’aurais parlé, mais vous vous êtes retournée, Car le sommeil s’était emparé de vos yeux, Vous dormiez, bienheureuse à la façon des Dieux, Et vous ne m’aimiez plus… J’étais abandonnée…

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