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1910

ORGUEIL DE POÈTE

Renée VIVIEN

Je voile avec dédain le trésor qui me reste… Mon orgueil de poète est en moi comme un mal Tenace, suraigü, dominant, animal… Car l’orgueil du poète est terrible et funeste…

Quand la foule amassait la farine et le mil, Mon orgueil m’enjoignit de m’astreindre et me taire, Inexorable autant que le lointain tonnerre Et l’orgueil de celui qui chante dans l’exil…

Qu’ailleurs l’aube de gloire irradie et rougeoie ! Que m’importe le vent qui disperse mes vers Dans les replis obscurs de l’obscur univers, Puisque je n’ai chanté que pour ma seule joie ?

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