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1904

NAPLES

Renée VIVIEN

Le temple abandonné de la Vénus latine Se recule et s’estompe à travers les embruns, Et le déroulement rituel des parfums Ne tourbillonne plus vers l’Image Divine.

Les roses, sur le marbre enfiévré par leur sang, N’ont plus leur rouge ardeur de rire et de rapine : Le souffle violent de la Vénus latine Ne traversera plus les soirs, en frémissant.

Par les fentes d’azur de ces murs en ruine, Je contemple les prés, le soleil et la mer. Les algues ont rempli de leur iode amer Le temple abandonné de la Vénus latine.

Les patientes mains du soir ont lamé d’or Les bleus italiens de la chaude colline, Où, délaissant l’autel de la Vénus latine, Les mouettes ont pris leur lumineux essor.

De ses yeux éternels, la Déesse illumine, Comme autrefois, la terre et l’infini des flots. La mer salue encor de chants et de sanglots Le temple abandonné de la Vénus latine.

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