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1908

MON AMI LE VENT

Renée VIVIEN

Mon vieil ami le vent, entre dans ma demeure Et joins ta voix à ma voix lamentable et pleure… Pleurons le jour, pleurons le soir, pleurons la nuit. Pleurons avec la voix des femmes malheureuses

Sur la jeunesse morte et sur l’amour qui fuit Malgré les bras tendus des tristes amoureuses. Pleurons les jougs mauvais qui pèsent sur les fronts Et sur tous et sur tout, ô mon ami, pleurons !

Pleurons le sort mauvais des êtres et des choses. Plaignons les yeux que nul rayon d’or ne ravit, Les vieux livres brûlés, la lente mort des roses… Ô vent, mon ami cher, plaignons tout ce qui vit !

Qu’on s’éloigne de la grand’salle où l’ombre flotte, Et que nul ne m’entende, alors que je sanglote Ainsi que fait le vent, dans les coins endormis. Et le chêne s’écroule au loin, la vitre tremble…

Nous nous aimons et nous sommes de vieux amis, Car nous pleurons ensemble.

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