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1906

MES VICTOIRES

Renée VIVIEN

Tel un arc triomphal, plein d’ocres et d’azurs, Les horizons du soir s’ouvrent larges et purs. Quand passerai-je, avec mes Victoires dans l’âme, Sous Tare édifié pour celui qu’on acclame ?

L’arc mémorable et vaste enferme le couchant En sa courbe pareille au rythme fier d’un chant. Quand passerai-je, ayant sur moi comme un bruit d’ailes Que font, dans l’air sacré, mes Victoires fidèles ?

Certes, l’heure n’est point aux poètes, et moi Je n’ai que ma jeunesse et ma force et ma foi. L’arc triomphal est là, clair parmi les nuits noires. Quand passerai-je, sous l’aile de mes victoires ?

Je le sais, — aujourd’hui cela fait moins de mal, — Je ne passerai point sous un arc triomphal. Et je n’entendrai point la voix ivre des femmes Qui sanglotent : « Voici l’offrande de nos âmes… »

Je passerai, sans fleurs, sans lauriers, sans espoir. Nulle ne m’attendra, dans la pourpre du soir. Résignée, et songeant aux Défaites passées, J’aurai sur moi le bruit de leurs ailes lassées…

Comme un arc triomphal plein d’ocrés et d’azurs, Les horizons du soir s’ouvrent, larges et purs…

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