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1908

MALÉDICTION SUR UN JARDIN

Renée VIVIEN

FANE-TOI, beau jardin dont j’aimais les odeurs, Où s’attardaient, plaintifs et las, les vents rôdeurs. Que périssent demain tes miels et tes odeurs ! Et que d’infâmes vers rongent le cœur des roses !

Que penchent les pavots et les pivoines closes… Ô jardin, que le soir fasse mourir tes roses ! Vienne le vent mauvais qui tuera ces jasmins Qu’elle cueillit hier, en songeant, de ses mains

Qui restaient pâles dans la pâleur des jasmins. Que monte la marée invincible des herbes Furieuses autant que les vagues acerbe, Sans nombre, comme la multitude des herbes.

Et que ce flot tenace étrangle les grands lys Pareils à sa blancheur et qu’elle aimait jadis ! C’est presque la tuer que de tuer ses lys. Je saluerai le flot hostile de ces ronces

Dont l’accueil est pareil à de rudes semonces, Et je bénis le mal infligé par ces ronces. Jardin, pourquoi serais-tu beau, jeune et charmant, Toi qui ne reçois plus mes pas fiévreux d’amant,

Et qui n’abrites plus son jeune corps charmant ? Je t’abandonne aux yeux futurs, je te délaisse… Puisque tu ne plais plus à la belle maîtresse Qui t’aimait, à mon tour, jardin, je te délaisse…

Beau jardin où nos pas ne s’égareront plus, Reçois des étrangers les longs soins superflus… Fane-toi, beau jardin, puisqu’elle n'aime plus !

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