Skip to content
1904

LES VENDEUSES DE FLEURS

Renée VIVIEN

Elles attendent, dans l’or bleu d’un réverbère, Quand la nuit des cités tragiques délibère Au pied d’un réverbère. Elles attendent… Et, frissonnant de dégoût,

Les Fleurs, sous leurs doigts gris, leur haleine d’égout, Ont blêmi de dégoût. L’âpre fraternité de leurs petites haines Épie en frémissant les Vendeuses obscènes

Que menacent leurs haines. Les violettes ont une âme de venin… Les lilas, affectant un sourire bénin, Composent leur venin.

Les Vendeuses, mâchant des relents de rogommes, Roulent leurs yeux pareils aux yeux rouges des hommes, Où luisent les rogommes. Maléfiques, les Fleurs distillent l’opium

Et le haschisch de leurs parfums… Le simple rhum S’aiguise d’opium. Les Fleurs font miroiter leurs gloires orgiaques Dans la boue, et font rire, au creux sombre des flaques,

Les rêves orgiaques. Les Fleurs ont recueilli les miasmes du Sud. Leur mémoire, profonde ainsi qu’un noir Talmud, Sait les poisons du Sud.

Les Vendeuses, avec des rires d’hystériques, Jettent, en éructant leurs impudents cantiques, Des appels d’hystériques. Et leur bave sanglante a souillé le trottoir…

Les Vendeuses, avec des clameurs d’abattoir, Roulent sur le trottoir.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
LES VENDEUSES DE FLEURS · Renée VIVIEN · Poetry Cove