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1906

LES ROSES SONT ENTRÉES

Renée VIVIEN

Ma brune aux yeux dorés, ton corps d’ivoire et d’ambre A laissé des reflets lumineux dans la chambre Au-dessus du jardin. Le ciel clair de minuit, sous mes paupières closes,

Rayonne encor… Je suis ivre de tant de roses Plus rouges que le vin. Délaissant leur jardin, les roses m’ont suivie… Je bois leur souffle bref, je respire leur vie,

Toutes, elles sont là. C’est le miracle… Les étoiles sont entrées, Hâtives, à travers les vitres éventrées Dont l’or fondu coula.

Maintenant, parmi les roses et les étoiles, Te voici dans ma chambre, abandonnant tes voiles, Et ta nudité luit. Sur mes yeux s’est posé ton regard indicible…

Sans astres et sans fleurs, je rêve l’impossible Dans le froid de la nuit.

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