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1904

LES MORTS AVEUGLES

Renée VIVIEN

Les Morts aveugles sont assis dans les tombeaux, Ils ouvrent leurs yeux larges et stupides Devant la lueur rouge des flambeaux, Et leurs yeux béants sont des gouffres vides…

Dardant vers la nuit leurs regards stupides, Les Morts aveugles sont assis dans les tombeaux. Je viendrai m’accroupir sur la pierre lépreuse Où la fièvre suinte en âcres moiteurs.

Tel qu’un faux soupir de fausse amoureuse, Le jour éteindra ses rayons menteurs. Dans l’ombre exhalant ses lourdes moiteurs, Je viendrai m’accroupir sur la pierre lépreuse.

Mais je retrouverai mes regards d’autrefois, Je te reverrai de mes yeux d’aveugle. Comme un mâle en rut qui brame et qui beugle, Je ferai crier tes os sous mon poids…

Et, tournant vers toi ma prunelle aveugle, L’amour rallumera mes regards d’autrefois. Tu viendras t’accroupir sur la pierre lépreuse Et geindre parmi les âcres moiteurs,

Et tes faux soupirs de fausse amoureuse Ressusciteront nos baisers menteurs. Dans l’ombre exhalant de lourdes moiteurs, Nous nous accroupirons sur la pierre lépreuse.

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