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1904

LES MANGEURS D’HERBE

Renée VIVIEN

C’est l’heure où l’âme famélique des repus Agonise, parmi les festins corrompus. Et les Mangeurs d’Herbe ont aiguisé leurs dents vertes Sur les prés d’octobre aux corolles large ouvertes,

Les prés d’un ton de bois où se rouillent les clous… Ils boivent la rosée avec de longs glous-glous. L’été brun s’abandonne en des langueurs jalouses, Et les Mangeurs d’Herbe ont défleuri les pelouses.

Ils mastiquent le trèfle à la saveur de miel Et les bleuets des champs plus profonds que le ciel. Innocents, et pareils à la brebis naïve, Ils ruminent, en des sifflements de salive.

Indifférents au vol serré des hannetons, Nul ne les vit jamais lever leurs yeux gloutons. Et, plus dominateur qu’un fracas de victoires, S’élève grassement le bruit de leurs mâchoires.

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