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1903

LES LYS D’EAU

Renée VIVIEN

Parmi les ondoiements et les éclairs douteux, Les langoureux lys d’eau lèvent leur front laiteux. La rivière d’or roux berce leur somnolence ; Ce sont d’étranges fleurs de mort et de silence.

Leur fraîcheur refroidit les flammes du Soleil, Et leur souffle répand une odeur de sommeil. Ce sont des fleurs de mort et de mélancolie : Elles ont caressé le sein nu d’Ophélie.

Elles aiment le saule et les roseaux, le bruit Des feuillages, les soirs d’émeraude et la nuit. L’accablante splendeur du jour les importune : Elles dorment sur l’eau, pâles comme la lune.

Aucun souffle d’amour n’atteint leur pureté : Elles furent jadis les lotus du Léthé. Perséphoné, tressant des couronnes de rêve, Les cueillit, quand ses pas errèrent sur la grève

Des Morts, où les reflets plus beaux que les couleurs, Et les échos plus doux que les sons, où les fleurs Sans parfum, sont tissés dans la trame du Songe, Où l’ivresse qui sourd des pavots se prolonge.

Et les lys ont gardé le souvenir pervers Des Ombres et du Fleuve immobile aux flots verts, De la Déesse aux yeux de crépuscule tendre, Dénouant ses cheveux de poussière et de cendre.

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