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1904

LES ÎLES

Renée VIVIEN

La mer porte le poids voluptueux des Îles… Le lapis-lazuli des ondes infertiles Sollicite le frais recueillement des Îles. — Îles d’hiver, ô fleurs de la nacre et du nord ! —

Lorsque l’ombre a tressé les roses de la mort, Les Îles ont jailli de la nacre et du nord. Elles flottent ainsi que des perles d’écume… Des blancheurs de bouleaux, des bleuités de brume

Se balancent, parmi les perles de l’écume. Et voici, sous les violettes du couchant, Lesbos, regret des Dieux, exil sacré du chant, Lesbos, où refleurit la gloire du couchant.

Les parfums ténébreux qui font mourir les vierges Montent de ses jardins et de l’or de ses berges Où s’éteignent les voix amoureuses des vierges. Leucade se souvient, et les fleurs d’oranger

Mêlent leur blanc frisson aux tiédeurs du verger… Psappha pleurait Atthis sous les fleurs d’oranger… Les âmes sans espoir sont pareilles aux Îles, Et, malgré les langueurs de leurs larmes fébriles,

Elles gardent l’orgueil solitaire des Îles. Elles ont l’horizon, les algues et les fleurs. L’isolement divin rafraîchit leurs douleurs Et leur verse la paix des algues et des fleurs.

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