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1904

LES EMMURÉES

Renée VIVIEN

L’ombre étouffe le rire étroit des Emmurées. Leur illusoire appel s’étrangle dans la nuit. Leur front implore en vain la brise qui s’enfuit Vers l’Ouest, où les mers sommeillent, azurées.

Leur cécité profonde ignore les marées Des couleurs, les reflux de la fleur et du fruit ; Leur surdité n’a plus le souvenir du bruit, Et la soif a noirci leurs lèvres altérées.

Leur chair ne blondit point sous l’ambre des soleils, Lourde comme la pierre aux éternels sommeils Que la neige console et que frôlent les brises. S’éteignant dans l’oubli du silence vainqueur,

Leur mort vivante a pris des attitudes grises… La rouille des lichens a dévoré leur cœur.

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