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1903

LES ÉBAUCHES

Renée VIVIEN

Le charme douloureux des ébauches m’attire Comme un gardénia qu’une haleine meurtrit. La Beauté chastement entrevue y sourit, Harmonieusement, de son demi-sourire.

Les visages fuyants et les frêles contours S’estompent sur la toile irréelle du rêve, Ne laissant au regard qu’une vision brève Dont la divinité se dérobe toujours.

Car l’Ébauche est la sœur fragile des Ruines Qui mêlent leur hantise et leur pâleur au soir, Évoquant la lumière ancienne d’un pouvoir Sombre dans le palais que voilent les bruines.

Et l’on sent défaillir le vouloir entravé Dans la ténuité morbide de l’esquisse… Sa grâce fugitive, où le regret se glisse, À l’infini du vague et de l’inachevé.

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