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1904

LES CYGNES SAUVAGES

Renée VIVIEN

Comme un vol de cygnes sauvages, Battements d’ailes vers le Nord, Passe le vol des blancs nuages, Chassés par la bise qui mord.

Viens, nous respirerons les parfums de la neige. Les brumes auront le bleu de tes regards froids. Tes cheveux sont la nuit des sapins, et ta voix Est l’écho des sommets que la tempête assiège.

Les yeux lointains des loups guetteront ton sommeil. Le vent victorieux et la mer magnanime Rafraîchiront ton front où l’espoir se ranime : Tu te réjouiras de la mort du soleil.

Comme un vol de cygnes sauvages, Battements d’ailes vers le Nord, Passe le vol des blancs nuages, Chassés par la bise qui mord.

Viens ! l’écho des sommets que la tempête assiège Vibre dans la candeur farouche de ta voix… Viens, nous effeuillerons les rires d’autrefois, Viens, nous respirerons les parfums de la neige.

À travers une nuit plus sainte que la mort, Tu glisses pâlement, tel un cygne sauvage, Ô Svanhild ! et l’on voit sur ton profond visage L’héroïque blancheur des Neiges et du Nord.

Je prendrai, comme les nuages Chassés par la bise qui mord, Et comme les cygnes sauvages, Mon élan vers le ciel du Nord.

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