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1903

LES CHARDONS

Renée VIVIEN

Ne dissimule pas ton sourire qui tremble, Lève sur moi tes yeux sans trouble et sans regret, Et nous irons cueillir la fleur qui te ressemble, Dans le champ nébuleux qui longe la forêt,

Les mystiques chardons dédaignés du profane. Je préfère aux langueurs ta rigide beauté. Car l’Épouse souillée aux yeux de courtisane Ne doit plus asservir mon être tourmenté.

Viens, très blanche à travers la brume diaphane, Droite dans la raideur de ta virginité. Tu ne seras jamais la fiévreuse captive Qu’enchaîne le baiser, qu’emprisonne le lit,

Tu ne seras jamais la compagne lascive Dont la chair se consume et dont le front pâlit. — Garde ton blanc parfum qui dédaigne le faste. Tu ne connaîtras point les lâches abandons,

Les sanglots partagés qui font l’âme plus vaste, Le doute et la faiblesse ardente des pardons… Et, puisque c’est ainsi que je t’aime, ô Très Chaste ! Nous cueillerons ce soir les mystiques chardons.

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