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1902

LE SANG DES FLEURS

Renée VIVIEN

Le soir s’attriste encor de ses clartés éteintes. Des rêves ont troublé l’air pâle et languissant, Et chantant leurs amours, les pâtres, en passant, Écrasent lourdement les frêles hyacinthes.

L’herbe est pourpre et semblable à des champs de combats Sous le rouge d’un ciel aux tons de cornaline, Et le sang de la fleur assombrit la colline. Le soleil pitoyable agonise là-bas.

Sans aspirer la paix des divines campagnes, Je songe avec ferveur, et mon cœur inquiet Porte le léger deuil et le léger regret De la muette mort des fleurs sur les montagnes.

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