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1903

LE BLOC DE MARBRE

Renée VIVIEN

Je dormais dans le flanc massif de la montagne… Ses tiédeurs m’enivraient. Auprès de mon sommeil Sourdait l’ardent effort des fleurs vers le soleil. Nul ne troublait la paix large de la montagne.

Je dormais. Je semblais un astre dans la nuit, Et l’ondoyant avril que l’amour accompagne Tremblait divinement sur l’or de la campagne, Sans rompre mon attente obscure dans la nuit.

Blancheur inviolée au fond de l’ombre éteinte, J’ignorais le frisson du nuage, et le bruit Des branches et des blés sous le vent qui s’enfuit Et siffle… Je dormais au fond de l’ombre éteinte,

Lorsque tu m’arrachas à mon calme éternel, Ô mon Maître ! ô Bourreau dont je porte l’empreinte ! Dans la douleur et dans l’effroi de ton étreinte, Je vécus, je perdis le repos éternel.

Je devins la Statue au front las, et la foule Insulte d’un regard imbécile et cruel Ma froide nudité sans geste et sans appel, Pâture du désir passager de la foule.

Et je suis la victime orgueilleuse du Temps, Car je souffre au delà de l’heure qui s’écoule. Mon angoisse domine altièrement la houle Gémissante qui meurt dans l’infini du Temps.

Je te hais, Créateur dont la pensée austère A fait jaillir mon corps en de fiévreux instants, Et dont je garde au cœur les rêves sanglotants. Je porte tout le poids des soupirs de la terre,

Car je suis la victime orgueilleuse du Temps.

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