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1904

LA NUIT LATENTE

Renée VIVIEN

Le soir, doux berger, développe Son rustique solo… Je mâche un brin d’héliotrope Comme Fra Diavolo.

La nuit latente fume, et cuve Des cendres, tel un noir Vésuve, Voilant d’une vapeur d’étuve La lune au blond halo.

Je suis la fervente disciple De la mer et du soir. La luxure unique et multiple Se mire à mon miroir…

Mon visage de clown me navre. Je cherche ton lit de cadavre Ainsi que le calme d’un havre, Ô mon beau Désespoir !

Ah ! la froideur de tes mains jointes Sous le marbre et le stuc Et sous le poids des terres ointes De parfum et de suc !

Mon âme, que l’angoisse exalte, Vient, en pleurant, faire une halte Devant ces parois de basalte Aux bleus de viaduc.

Lorsque l’analyse compulse Les nuits, gouffre béant, Dans ma révolte se convulse La fureur d’un géant.

Et, lasse de la beauté fourbe, De la joie où l’esprit s’embourbe, Je me détourne et je me courbe Sur ton vitreux néant.

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