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1903

LA MORT D’UNE BACCHANTE

Renée VIVIEN

Nous ne tisserons pas les graves violettes… Nous ferons retentir le paktis vaste et doux À travers les forêts et les plaines muettes, Et nous arracherons le feuillage aux tons roux…

— Ô compagnes, la voix large des lyres chante La mort d’une Bacchante. La solitude a moins de regrets que l’Amour Et le sanglot est moins déchirant que le rire…

Nous mêlerons nos bras jusqu’au déclin du jour, Et nous parfumerons de roses et de myrrhe Nos corps, où brûlera, comme un souffle divin, L’âme ardente du vin.

Contemple sur ton seuil de pierre, ô sombre proie De l’Hadès et du Styx, ô Silence, ô Pâleur, Notre douleur, pareille aux éclats de la joie, Notre joie aux yeux fous, pareille à la douleur.

Car la foule, cueillant la fleur des vignes, chante La mort d’une Bacchante. Nous t’envelopperons de lumière et de bruit. Plus tard, nous couperons nos cheveux de prêtresses,

Dorés comme la lune, épais comme la nuit, Pourpres comme le soir, imprégnés de caresses ; Plus tard, nous éteindrons la lueur du flambeau Sur ton calme tombeau.

Et nous te laisserons à l’Ombre pacifique… Jadis ta lassitude envia le sommeil Du Faune et du Satyre accablés de musique, Rassasiés de fruits et repus de soleil.

— Compagnes, écoutez la pleureuse qui chante La mort d’une Bacchante.

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