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1906

LA LUNE S’EST NOYÉE

Renée VIVIEN

Seule, je sais la mort de Madonna la lune, De la lune aux cheveux si blonds et si légers, Aux yeux si purs et dont les voiles ouvragés Glissaient avec un si doux frisson dans la brune.

Hier soir, quand j’errais au loin, je l’aperçus… Je l’aperçus penchée et pleurant, sous l’yeuse, Ainsi qu’une fantasque et plaintive amoureuse Se lamentant des chers baisers trop tôt déçus.

Comme pour un festin, elle s’était parée, Elle s’était parée avec ses colliers d’or… Un hibou, s’élevant dans un craintif essor, La frôla doucement de son aile égarée…

La lune s’inclina, telle aux soirs de jadis, Aux longs soirs de jadis tremblants sur l’eau dormante. Elle mirait son front capricieux d’amante… Et soudain, j’entendis un froissement d’iris…

J’écartai les roseaux frémissants et tenaces, Tenaces à l’égal de frêles bras liés… La lune reposait, avec ses beaux colliers… Au loin, se répandait un thrène de voix basses…

La lune diffusait une faible splendeur, Une splendeur mourante, au fond des herbes glauques… Et voici que, soudain, ayant tu ses chants rauques, Un crapaud se posa froidement sur son cœur.

Et je pleure la mort de la lune, ma Dame, De ma Dame qui gît au fond des nénuphars… Il n’est plus de clarté dans ses cheveux épars Et ses yeux ont perdu l’azur vert de leur flamme…

Quel lit recueillera mon frileux désespoir, Mon désespoir d’amant fidèle et de poète ? Vous tous que le vain bruit de mes pleurs inquiète La lune s’est noyée au fond de l’étang noir !…

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