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1904

LA DOUVE

Renée VIVIEN

L’aube a des pas furtifs de louve Et des yeux de chacal… De mes mains j’ai creusé la douve ; J’ai bâti, sans vassal,

La tour aux murs noirs qui t’encloître. Ton épouvante voit s’accroître, Pareil à l’enflure d’un goître, Mon amour féodal.

Que m’importe ton regard triste, Moiré, tel un pigeon ? Qu’importe à mon trouble égoïste Le rosier sans bourgeon ?

Je suis aussi lâche qu’un homme, Et je t’ordonne et je te somme De languir en mes baisers comme En un étroit donjon.

Et je maintiendrai sur ton sexe Mon droit de suzerain : Tu briseras ton front complexe Contre mon front d’airain.

Lasse de voir tomber la brume D’un ciel malade d’amertume, Dans l’ombre où l’espoir se consume, Tu périras de faim.

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LA DOUVE · Renée VIVIEN · Poetry Cove