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1908

LA DEMEURE DU PASSÉ

Renée VIVIEN

Toi qui m’as oubliée aujourd’hui, qui fus mienne Cependant, viens dans la maison aérienne Du songe et du passé. Il y demeure un soir doux au regard lassé.

Les chambres aux plafonds creusés comme les dômes Se peuplent de fantômes. On retrouve là-bas des livres oubliés Des sachets odorants encore, et des colliers,

Des choses familières. Je ne sais quoi de triste obscurcit les lumières Pourtant… Dans l’air traîne un nostalgique parfum, Car on attend quelqu’un.

Reviens dans la maison du passé, mon amie, Et ta chambre, qui fut si longtemps endormie, S’éveillera pour toi. Car on n’y reconnaît que ton ordre et ta loi

Que nul ne contredit et que nul ne transgresse, Mon maître et ma maîtresse. Reconnais ton odeur d’ambre mêlé d’iris… Toute chose dans la demeure de jadis

Porte ta chère empreinte. Le foyer s’est éteint, la lampe s’est éteinte Dans la chambre sans fleurs où je t’ouvre les bras, Toi qui ne viendras pas !

Miraculeusement, te voici revenue, En cherchant, à travers la bleuâtre avenue, La maison du passé. Entre dans la maison chère au désir lassé

Et vois, sous les plafonds creusés comme des dômes, Son peuple de fantômes. Rentre dans la maison qui t’accueille, où j’attends… Rien n’est changé, sauf les tons d’or moins éclatants

Et les roses fanées. Et me voici, pareille à travers les années Pour t’accueillir, en ce dur instant de retour Avec le même amour.

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