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1902

L’AUTOMNE

Renée VIVIEN

L’automne s’exaspère ainsi qu’une Bacchante, Folle du sang des fruits et du sang des baisers Et dont on voit frémir les seins inapaisés… L’Automne s’assombrit ainsi qu’une Bacchante

Au sortir des festins empourprés. Elle chante La moite lassitude et l’oubli des baisers. Les yeux à demi-morts, l’Automne se réveille Dans le défaillement des clartés et des fleurs,

Et le soir appauvrit le faste des couleurs. Les yeux à demi-morts, l’Automne se réveille : Ses membres sont meurtris et son âme est pareille Aux coupes sans ivresse où s’effeuillent les fleurs.

Ayant bu l’amertume et la haine de vivre Dans le flot triomphal des vignes de l’été, Elle a connu le goût de la satiété. L’éternelle amertume et la haine de vivre

Corrompent le festin où le monde s’enivre, Étendu sur le lit de roses de l’été. L’Automne, ouvrant ses mains d’appel et de faiblesse, Se meurt du souvenir accablant de l’amour,

Et n’ose en espérer l’impossible retour. Sa chair de volupté, de langueur, de faiblesse, Implore le venin de la bouche qui blesse Et qui sait recueillir les sanglots de l’amour.

Le cœur à demi-mort, l’Automne se réveille Et contemple l’amour à travers le passé. Le feu vacille au fond de son regard lassé. Le cœur à demi-mort, l’Automne se réveille :

La vigne se dessèche et périt sur la treille… Dans le lointain pâlit la rive du passé.

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