Vous craignez le Désir, ô compagnons d’Ulysse. Aveugles et muets, l’âme close au péril De la voix qui ruisselle et du rire subtil, Vous rêvez des foyers qui recueillent l’exil
Aux pieds lassés. Moi seul, ô compagnons d’Ulysse, Moi seul ai dédaigné la fraude et l’artifice, Moi seul ose l’Amour et le divin Péril. Dénouant leurs cheveux fluides, les Sirènes,
Ceintes de la langueur et de l’ardeur des Morts, S’approchent, un reflet de perles sur leurs corps. Elles chantent, leur voix se mêle aux clairs accords Des vagues et du vent… J’entrevois les Sirènes…
Elles chantent l’Amour qui corrode les veines Comme un venin, et fait brûler le sang des Morts. Elles chantent la paix de l’heureuse agonie, Le sanglot nuptial dans l’ombre du Sommeil
Que ne pénètrent plus les flèches du soleil… Elles chantent l’Amour qui s’apaise, pareil Aux larmes sans douleur… Ah ! l’heureuse agonie, Le lit où la couleur se mêle à l’harmonie,
Le flux et le reflux qui bercent le Sommeil… Le vent m’emportera vers l’énigme des brumes… J’irai, comme le mât d’un navire broyé, Et j’abandonnerai mon âme de Noyé
Au rythme des remous, au velours déployé Des algues, au baiser des brises et des brumes… Le sel imprégnera d’étranges amertumes Et de frais souvenirs mes lèvres de Noyé…
Ô lâches compagnons d’Ulysse ! Pour une heure Je donne l’existence humaine ! Pour un chant Vaguement répété par la mer au couchant, Pour un visage à peine entrevu, se penchant
Sur le miroir brisé des ondes, — pour une heure, J’accepte le silence où le néant demeure, Le silence où périt la mémoire du chant…
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