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1908

ELLE PASSA

Renée VIVIEN

J’étais pareille à la voyageuse recrue, Lasse enfin des courants et des vents et du sort Et qui n’aspire plus qu’au bon sommeil du port… Miraculeusement vous m’êtes apparue…

Et vous ressembliez à tout ce qui m’est cher, Aux jardins de juillet dans leur douceur croissante, Aux parfums respirés au détour d’une sente, Aux lys graves, aux clairs de lune sur la mer.

Semblable à celles-là qu’une langueur accable, Sachant que vous étiez mon fragile avenir, Je vous regardais vivre et briller et fleurir, Ô lys parfait, ô clair de lune irréprochable !

J’oubliai que je viens d’errer sur des chemins Trop rudes… Malgré moi je me suis arrêtée… Et cependant, ô belle à la voix enchantée ! Je pleure de sentir mon cœur entre vos mains.

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