SE peut-il que je sois chérie et désirée, Douce, puisque toi seule es belle et non point moi ? Je te supplie, avec les ferveurs de ma foi, Les bras chargés des fleurs que ton sourire agrée…
Oui, pourquoi suis-je belle à tes yeux ? Et pourtant Ne m’abandonne point… Si tu le veux, sois libre, Mais garde-moi ce rire où l’âme flotte et vibre Ce regard, et ce geste à demi consentant…
Ne me contemple point, puisque toi seule es belle. Douce, ne m’aime point, mais aime mon amour Impétueux et sombre ainsi qu’au premier jour Où je m’abîmai toute en l’extase cruelle.
Cependant une fois encore, comme hier, Maîtresse, accorde-moi le baiser de ta bouche. Je me réjouirai de toi dans un farouche Cri nuptial, dans un chant de triomphe amer.
Je saurai me taire, ô le plus beau des visages ! Je ne pleurerai point, si tel est ton vouloir. Nous marcherons, les pas accordés vers le soir, Plus graves au milieu des monts tristes et sages.
Vivante ou morte, je me souviendrai de toi, De tes lèvres et du clair dessin de tes joues, Du mouvement suave et lent dont tu dénoues Tes cheveux, de ton col, de tes seins en émoi.
Si tu le veux, prodigue à d’autres d’autres heures. Ma Maîtresse ! mais garde-moi cette heure-ci. Épanouie ainsi qu’une grenade, ainsi Qu’une rose, quand de ton souffle tu l’effleures.
Il est doux, pour un peu de temps, avant la mort, O chère ! de trembler, d’espérer et de craindre ; Il est doux, ayant bu l’extase, de s’éteindre Avec lenteur, ainsi qu’un automnal accord…
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