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1903

CHANSON NORVÉGIENNE

Renée VIVIEN

Le soir a déchaîné des sanglots de victimes. Le fuyant crépuscule a la couleur du sang. Le Vent du Nord s’enfuit vers le large… Ô passant,

Ne suis pas le chemin qui longe les abîmes. Semblable au vague essor des oiseaux de la nuit, Une forme apparaît en traînant ses longs voiles. Dans ses regards se meurt le reflet des étoiles.

Le pâtre a vu briller le fantôme qui fuit En murmurant : « Allons vers la gloire des cimes, Je te révélerai non front éblouissant. Les glaciers sont moins purs que mes yeux. »

Ô passant, Ne suis pas le chemin qui longe les abîmes. « Homme, je suis pareille au plus cher de tes vœux. Autour de ma beauté flottent des soupirs d’âmes,

Et mon corps est pétri de parfums et de flammes. La lune sur les fjords ressemble à mes cheveux. Ma voix garde l’écho des voluptés intimes Qui traversent les soirs d’automne en frémissant,

Et la neige est mon lit virginal… » Ô passant, Ne suis pas le chemin qui longe les abîmes. La Vision blanchit le sentier triste et nu,

Et le fervent désir du pâtre l’accompagne. Il foule, sans les voir, les fleurs de la montagne, Afin de contempler le visage inconnu. Aveugle, les regards brûlés d’éclairs sublimes,

L’Amant a poursuivi son Rêve en pâlissant… Tous deux ont disparu dans la brume… Ô passant, Ne suis pas le chemin qui longe les abîmes.

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