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1903

À VENISE

Renée VIVIEN

Tout s’élargit. Le soir qui tombe est magnifique Et vaste… Comme un Doge amoureux de la mer, Parmi l’effeuillement des roses, la musique Des luths, l’or qui flamboie ainsi qu’un rouge éclair,

J’irai, les yeux voilés de volupté mystique, Et, fastueusement, j’épouserai la Mer. J’épouserai la Mer, l’Incomparable Amante. Le parfum et le sel de son acre baiser

Verseront la fraîcheur à ma lèvre brûlante… Et, comme un souvenir qui ne peut s’apaiser, Ressurgira le vent des espaces qui chante Sur le flot nuptial l’infini du baiser.

Je verrai tressaillir l’ombre des hippocampes. Les algues s’ouvriront, plus belles que les fleurs : Le phosphore, aux rayons atténués de lampes, Allumera pour moi d’imprécises pâleurs :

Afin de couronner mes cheveux et mes tempes, Les algues flotteront, plus belles que les fleurs. Et, laissant ondoyer mon corps à la dérive, Je mêlerai mon âme à l’âme de la mer,

Je mêlerai mon souffle à la brise lascive. Se dissolvant, légère et fluide, ma chair Ne sera plus qu’un peu d’écume fugitive. Dans la pourpre du soir j’épouserai la Mer.

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