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1908

À UNE OMBRE AIMÉE

Renée VIVIEN

Voici l’heure où le mort goûte aux festins funèbres, Et je t’ai préparé, comme hier, le repas. Grâce aux flammes, grâce aux lampes, on ne sent pas L’enveloppement fin et serré des ténèbres.

Voici mes voiles verts… Voici mon front paré Des gemmes et des fleurs qui conviennent aux fêtes. Comme hier, comme hier, toutes choses sont prêtes. Viens t’asseoir au repas savamment préparé.

Ton cœur m’approuvera… Ce vin est délectable, Ayant mûri dans le soleil d’un très beau jour, Ces fruits semblent pétris sous les doigts de l’amour, Une lueur très douce illumine la table.

Ta place habituelle est prête… Viens t’asseoir, Très chère ! et prends ici ta place accoutumée, Mon amie aux doux yeux tristes, ma bien-aimée Pour toi j’ai revêtu mes parures, ce soir…

Mais un souffle très froid entre-baîlle la porte Et dans mon corps glacé je sens mon cœur transi. Je ne puis oublier que je suis seule ici, Que je suis triste et que je n’aime qu’une morte.

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