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1910

À MON DÉMON FAMILIER

Renée VIVIEN

Toi qui hantes mes nuits cruelles, ô Démon ! Qui vient ouvrir sur moi tes prunelles hagardes Et qui te tiens debout dans la chambre et regardes, Emporte-moi sur tes ailes de goëmon !

Tu règnes sur mon cœur implacable et suprême ! Que le vent de la mer nous emporte tous deux Dans le divin mépris des courants hasardeux, Ô toi que je redoute et cherche, ô Toi que j’aime !…

Les peuples sont petits et laids. Allons loin d’eux, De leurs propos mesquins, de leurs cœurs infidèles. Envolons-nous au bruit puissant des larges ailes Que tu sais déployer dans le vent orageux !

Malgré le temps mauvais, debout dans la défaite, Me voici faisant face à l’orage, à la mer… Ô mon Démon, accours à ma voix, comme hier, Et reconnais en moi ton Maître, le Poète !…

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