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1903

À LA SORCIÈRE

Renée VIVIEN

Le réveil vient troubler la paix de tes paupières. La luciole au loin a fleuri de lumières Les prés, et l’asphodèle a des souffles d’amour. La nuit vient : hâte-toi, mon étrange compagne,

Car la lune a verdi le bleu de la montagne, Car la nuit est à nous comme à d’autres le jour. Je n’entends, au milieu des forêts taciturnes, Que le bruit de ta robe et des ailes nocturnes,

Et la fleur d’aconit déclose sous tes pas. Exhale ses parfums de poison et d’ivresse. Tes cheveux dénoués te font, ô ma Maîtresse ! Une pourpre de sang que les reines n’ont pas.

Et puisque mon Désir te guette et veut sa proie, Que ton sanglot réponde à mes larmes de joie ! Les yeux d’or des hiboux sont pareils à tes yeux Qui sondent les esprits, qui scrutent les ténèbres,

Qui voient dans l’avenir les aurores funèbres, Et l’ombre de la mort sur la couche des Dieux.

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