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1903

À LA DIVINITÉ INCONNUE

Renée VIVIEN

J’aspire auprès de toi le silence et le charme Des nuits où la douleur se plaît à demeurer, Toi qu’on ne voit jamais essuyer une larme, Mais dont parfois j’entends la grande âme pleurer.

Le cristal réfléchit tes chastes attitudes, Et tu fuis le factice et le faste et le fard. Tes lèvres ont le pli muet des solitudes Et l’accent des bonheurs qui nous viennent trop tard.

Le décor de ton rêve est la chambre sereine Où meurt languissamment le bruit lointain des eaux. Les souffles de la mer n’ont soulevé qu’à peine Le soir perpétuel sous l’ombre des rideaux.

Iône ou Viola, ton nom d’Inspiratrice Évoque les sons d’orgue et les graves couleurs. Tu pares les jardins, et, comme Béatrice, Tu sembles émerger d’un nuage de fleurs.

Vers toi le songe pur de mon âme s’élève, Mon angoisse ne cherche point à s’apaiser, Car tu m’es inconnue et n’existes qu’en rêve, Et je n’apprendrai pas le goût de ton baiser.

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