Relevant de sa main blanche Ses cheveux couleur de miel, La Vierge un instant se penche Au balcon doré du ciel.
Elle regarde le monde Qui s’éveille à l’Orient, Les étoiles dont la ronde Passe, passe en tournoyant.
Aucun bruit dans l’étendue À peine le cri lointain D’une alouette éperdue, Appelant le gai matin.
Et cette voix qui s’élance Vers l’azur et les clartés, Se fond dans le grand silence Des espaces enchantés.
La Vierge écoute. Elle rêve, Seulette au balcon des cieux. Doucement le jour se lève, Illuminant ses doux yeux.
Tout semé de rayons roses, Le ciel s’éclaire, et soudain La terre, au milieu des roses, Apparaît comme un jardin.
Avec sa verte ceinture De forêts au front changeant, Elle semble, à l’aventure, Voguer sur un lac d’argent.
Qu’elle est charmante et fleurie, Sa face au-dessus des eaux ! Que d’allégresse attendrie Dans le chant de ses oiseaux !
La vierge rêve. Elle admire La parure des prés verts ; En ses yeux divins se mire La fraîcheur de l’univers.
Son âme s’est envolée, Légère comme autrefois, Vers l’heureuse Galilée Où l’eau chante dans les bois.
Elle a connu cette aurore, Quand elle était parmi nous ; Elle croit sentir encore Son enfant sur ses genoux.
À quoi bon le chœur des anges, Le Paradis et sa cour, Puisque Jésus dans ses langes Lui sourit avec amour !
Délicate fleur du songe, Que ton éclat dure peu ! Était-ce donc un mensonge, Cette paix du grand ciel bleu ?
Sur le riant paysage Une ombre noire a passé ; L’homme a montré son visage, La vie a recommencé.
La vierge qui s’inquiète Se penche, et son cœur aimant Entend la plainte que jette Le monde éternellement.
Dieu, là-bas, tant de souffrance Et qui fait si peu de bruit ! Que d’êtres sans espérance Ont pleuré toute la nuit !
C’est grand’pitié. Notre Dame Soupire en joignant les mains, Comme au temps où, pauvre femme, Elle errait par les chemins.
Elle se voit quasi morte De lassitude et d’effroi ; Chacun lui ferme sa porte ; Son petit Jésus a froid.
Son enfant, tout son courage, Ah ! comment le protéger ! Les bourreaux sont à l’ouvrage, On va venir l’égorger.
Et celle dont la parole Éblouit le firmament, Sur la terre, hélas ! si folle, Pleure, pleure amèrement.
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