Le printemps, couronné de folles marjolaines, Sur la pointe des monts a mis son pied léger ; Une flûte à la main, comme un jeune berger, Du pays de l’azur il descend vers les plaines.
Quelque musique flotte à l’horizon lointain, Pareille à l’oiseau bleu qui jamais ne se pose, Et la colline d’or se perd dans le ciel rose Comme un rêve d’amour dans la paix du matin.
Douce forêt, profonde et mystique chapelle, Ouvre ton porche vert à qui vient en ami ; C’est l’heure tendre ; éveille-toi, bel endormi, Éveille-roi, mon cœur, au désir qui t’appelle.
C’est le mois des mois. Les rosiers boutonnent ; Voici que fleuronnent Les arbres des bois.
L’épine vinette Commence à pousser ; On va voir danser La bergeronnette.
Les ruisseaux chantants De pourpre se teignent ; Des saules y baignent Leurs cheveux flottants.
Dites-moi, Rosette, Pourquoi riez-vous ? Que vos yeux sont doux, Ma folle amusette !
J’entends un oiseau Perché sur ce hêtre ; Je vois apparaître Une fleur dans l’eau.
Ah ! ah ! la pervenche, Qui la cueillera ? Qui l’attrapera, L’oiseau sur la branche ?…
Dans une rose Au cœur mouillé S’est éveillé Le matin rose,
Le vert matin Qui fait tapage, Effronté page, Tout en satin.
Quelle jonchée De roses d’or Sous l’aube encor Un peu fâchée.
Le bois riant Est dans la brume ; Tout le ciel fume À l’Orient,
Et l’alouette Vient de chanter ; J’entends monter Sa voix fluette.
Volez autour Des marguerites, Ô mes petites Chansons d’amour ;
Parmi la mousse, Au long des blés, Allez, allez Trouver ma douce,
Et murmurez À son oreille : « Mignonne, éveille Tes yeux dorés,
« Tes yeux, ta bouche, Brin de lilas, Ton cœur, hélas ! Toujours farouche.
« Oh ! montre-toi, La beauté même ! Celui qui t’aime Est en émoi.
« Lève-toi, reine Du monde heureux ; Ton amoureux Est dans la peine.
« Il ne veut rien Que ton sourire ; Il ne sait dire Qu’un nom, le tien.
« Que ta voix tendre S’élève au loin, Il n’a besoin Que de l’entendre.
« Il t’aime, et vois, Pleine de grâce, L’aurore passe Entre tes doigts. »
C’est l’heure chantante. La terre a souri ; Un frisson d’attente Passe au bois fleuri.
Pervenche, anémone, Égayez les prés ; Voici la mignonne Aux sourcils dorés.
Joli vent, caresse La pointe des houx ; Voici la maîtresse Qu’on sert à genoux.
Buvez la rosée, Lys et liseron ; Voici l’épousée, La couronne au front.
Ô belle si sage Qu’on t’arme en tremblant, Pique à ton corsage Un papillon blanc.
Soulève ton voile, Déesse ou lutin ; Flotte, belle étoile, Au vent du matin.
Ta voix est plus douce, Avec son babil, Que l’eau sous la mousse, Au printemps d’avril.
La plus fraîche rose, Sous le firmament, Ma mie, est éclose En ton cœur aimant.
Comment prendre garde Au soleil des cieux ? Le jour me regarde À travers tes yeux.
Belle aux longs cheveux, Ma tourlourisette, Belle aux longs cheveux, C’est vous que je veux.
Belle aux tresses d’or, Faites-moi risette, Belle aux tresses d’or, Souriez encor.
Robe de satin, Souliers d’écarlate ; Robe de satin, Couleur du matin.
Sur tous gros atours Le soleil éclate, Sur tous vos atours, Fleur de mes amours.
Gloire à vos vingt ans, Fleur de primevère ; Gloire à vos vingt ans, Fleur de mon printemps !
À votre santé Je vide mon verre ; À votre santé, Fleur de mon été !
Puisque chacune À son chacun, Mon joli brun, Je suis ta brune.
Puisque le jour S’habille en rose, Je suis ta rose, Ô mon amour.
Vois, à l’orée Du bois dormant, Venir gaiement L’aube dorée.
En plein rayon Qui vole, vole ? C’est l’aile folle Du papillon.
Ah ! turlurette, Que vois-je ici ? C’est le souci Et l’amourette.
Mon joli roi, Je te désire ; En un sourire Embrasse-moi.
Doucement cueille, Sous l’oranger, Mon cœur léger Comme la feuille.
Que je t’aime, Joli berger, Plus léger Que l’amour même !
En tes yeux Où le ciel passe, Que de grâce, Enfant joyeux !
Sur ta bouche Oh ! quelle fleur, Enjôleur Que rien ne touche !
Trop souvent Ton cœur s’envole, Plume folle, Au gré du vent.
À chacune Tu ris un brin, Pèlerin Du clair de lune.
Mais ce jeu Nous plaît encore ; On t’adore, Et puis adieu.
Sur la branche À l’abandon, Cueille donc La rose blanche.
Marion s’est endormie, À l’ombre d’un églantier. — Apprends-moi le doux métier, Marion, ma belle amie.
Le soleil est à l’entour Qui lui caresse la joue. — Montre-moi comment on joue, Marion, le jeu d’amour.
D’un brin de muguet fleurie, Sa chevelure est au vent. — Marion, rends-moi savant En l’art de folâtrerie.
Marion, c’est Nicolas Qui voudrait bien, mais qui n’ose. Marions-nous sous la rose, Sous la rose et le lilas.
Chiffon, chiffonnette, Lève, en souriant, Ta blanche cornette Et ton nez friand,
Chiffon, chiffonnette, Ma jolie Annette. Chiffon, chiffonnette, Que de fleurs ! Holà !
L’épine vinette N’a pas ce teint-là, Chiffon, chiffonnette Ce teint de nonnette.
Chiffon, chiffonnette, J’ai lu dans tes yeux ; Comme une rainette Mon cœur est joyeux.
Chiffon, chiffonnette, Êtes-vous honnête ? Chiffon, chiffonnette, J’ai, pour te loger,
Une maisonnette En bois d’oranger, Chiffon, chiffonnette, En bois d’épinette.
Chiffon, chiffonnette, Tra déri déra, Bientôt, ma brunette, Ton pied poussera,
Chiffon, chiffonnette, La barcelonnette. Qu’il fait bon voir, Quand vient la brune,
Danser la lune Sur l’abreuvoir ! Une fillette En jupon blanc
S’en va, filant Sa quenouillette. Un gas la suit Comme son ombre,
Dans le bois sombre Qu’emplit la nuit. Elle se montre : Il est tout près.
Sans faire exprès, L’on se rencontre. Ah ! quel tourment D’aller ensemble !
La belle tremble ; Aussi l’amant. On peut oser Plus d’une chose.
Vive la rose Et le baiser ! Mon Dieu, que les garçons Ont de peine en ce monde,
Tourne la ronde, Envolez-vous, chansons ! Tous, leur sort est le même ; Les belles font aussi
Trop de souci À celui qui les aime ! On n’est jamais content Du jour où l’on courtise ;
Quelle sottise De les regarder tant ! Leur amoureux langage Nous tient à leurs genoux ;
C’est fait de nous Si notre cœur s’engage. Vous écoutez leur voix : C’est comme une musique,
Mais leur doigt pique Comme le houx des bois. — « Mets-toi là, je t’en prie, Je veux t’apprendre un jeu.
Regarde un peu Si ma rose est fleurie. » Et quand on vient, friand, Tâter leur gorgerette,
Sous la coudrette Elles fuient en riant. De ce dur esclavage Je me veux préserver.
J’irai trouver Le rossignol sauvage. — « Cousin, j’ai tant pleuré ! Chante-moi ta romance.
Allons, commence, Je t’accompagnerai. « Ma mignonne est si folle ! J’en ai trop de tourment.
Dis-moi comment Au bois on se console. » J’aurai soin d’emporter Un flacon de vin rose.
Aucune chose Ne vous fait mieux chanter. Je rirai de la blonde Et de la brune aussi.
Plus de souci : Tourne, tourne, la ronde ! Au ciel qui s’emplit de reflets dorés Monte, en gazouillant, l’alouette grise.
Avec le matin vole dans la brise, Vole, mon cœur, vole au delà des prés ! Le baiser revient aux lèvres mi-closes, Comme l’hirondelle aux toits du château.
La porte d’argent s’ouvrira tantôt ; Vole, mon cœur, vole au milieu des roses ! L’heure virginale, attendant le jour, Au creux de sa main boit de la rosée ;
Et puis elle rit comme une épousée. Vole, mon cœur, vole au jardin d’amour ! Et voici venir, sommeillant encore, Ses cheveux si blonds sur le ciel tout bleu,
Celle qui prétend qu’elle t’aime un peu. Vole, mon cœur, vole au fond de l’aurore ! C’était par un beau jour De la saison fleurie.
J’ai rencontré Marie, Vive l’amour ! J’ai rencontré Marie, Au fond de la prairie.
— Belle aux fraîches couleurs, Aux yeux de violette, Qu’as-tu donc, bachelette, Vivent les fleurs !
Qu’as-tu donc, bachelette, À soupirer seulette ? — Cher amoureux, bonjour. Mon cœur, où peut-il être ?
L’oiseau, par la fenêtre, Vive l’amour ! L’oiseau, par la fenêtre, A fui loin de son maître.
Ce sont les oiseleurs Ou les enfants, que sais-je ? Qui l’auront pris au piège, Vivent les fleurs !
Qui l’auront pris au piège, En forêt, sous la neige. Il était sans détour, Si naïf et si tendre !
Il n’a su se défendre, Vive l’amour ! Il n’a su se défendre. On a bien pu le prendre.
— Belle, sèche tes pleurs. Ton cœur est libre encore. Il chante dans l’aurore, Vivent les fleurs !
Il chante dans l’aurore Pour celui qui t’adore. Tu m’aimes pourtant, Ô rose des roses,
Tu m’aimes pourtant, Toi que j’aime tant. J’ai vu dans tes yeux, J’ai vu tant de choses !
J’ai vu dans tes yeux L’infini des cieux ! Ton corps enchanté Me suit comme un rêve ;
Ton corps enchanté N’est que volupté. Ta bouche sourit ; C’est la bouche d’Ève.
Ta bouche sourit Et tout refleurit. Je suis le foyer ; Toi, la belle flamme.
Je suis le foyer : Viens m’incendier. Écrase mon cœur, Souffle sur mon âme ;
Écrase mon cœur, Perdu de langueur. Je te bercerai Dans la mousseline,
Je te bercerai, Tout un soir doré. Et tu dormiras Câline, câline,
Et tu dormiras, Câline, en mes bras !
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