Et, tandis qu’au ciel montait l’alouette, Je courus à toi, timide et joyeux Je courus à toi, charmeuse aux doux yeux Couleur de pervenche et de violette.
L’aurore, en sa robe aux mille couleurs, S’éveillait parmi les blondes feuillées ; De sa traîne un flot de perles mouillées Tombait lentement sur la terre en fleurs.
Sur le val fleuri, dans l’herbe fleurie, Comme un ruban bleu la brume ondulait ; Par delà les bois, au loin s’envolait, Dans le grand silence, une sonnerie.
Avec la lumière, au lever du jour, Égrenez longtemps vos notes légères, Du frêle bonheur folles messagères, Cloches de cristal, ô cloches d’amour !
Je suis prisonnier de dame Jeunesse Et mon cœur bénit sa douce prison ; Le jardin féerique est mon horizon, Le seul à jamais que je reconnaisse.
Ô fraîcheur exquise, ô paix du matin, Souffles vagabonds, brises familières ! La source bruit parmi les bruyères, En son lit de moire et de vert satin.
Muguet, primevère, œillet, campanule, Calices d’argent, d’or où de vermeil, Tout s’ouvre au premier rayon de soleil Où se jouent l’abeille et la libellule.
Dans l’air assoupi, sous les noirs fourrés Où le rossignol ardemment prélude Passe un long soupir de béatitude Dont tous les échos sont enamourés.
Et partout voici que se fait entendre, Ainsi qu’un orchestre invisible et doux, Le chœur des lutins caché dans les houx, La chanson d’avril, éperdument tendre.
Ah ! ta chère aubade, ô musicien, Comme elle nous berce, et comme elle est brève ! Où vont les serments qu’on se fait en rêve, La voix qui se meurt et le charme ancien ?
Délices de l’âme, adorable ivresse, Pourquoi tout à coup nous abandonner ? Printemps de nos cœurs, pourquoi te faner Sous les doigts rosés de l’Enchanteresse ?
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