Le jardin des églantines
Où mon cœur chantait Matines,
Le jardin s’est embrumé
Où nous avons tant aimé ;
Adieu, visions si blanches
Sur le vert doré des branches,
Baisers plus vite envolés
Que la caille dans les blés ;
Languissante, languissante,
S’en va l’heure adolescente,
Et dans la coupe des fleurs
J’ai vu scintiller des pleurs.
Ô chercheuse d’aventures,
Ô charme des créatures,
Lumière aux flots radieux,
As-tu déserté les cieux ?
Compatissantes étoiles,
Chères sœurs, pourquoi ces voiles ?
Quand vos flammes, ô couchants,
Brûlent la mer et les champs,
Quelle peine vous rend tristes ?
Qui pâlit vos améthystes,
Crépuscules si légers
Parmi les bois d’orangers ?
— Ah ! comment ne pas comprendre ?
Cette amoureuse si tendre,
Ce trésor de pureté,
Cette idéale beauté,
Ce n’était que ta jeunesse ;
Crois-tu donc qu’elle renaisse ?