La douce nuit vient d’étendre
Sur les bois son bleu manteau.
Ma jolie, allons entendre,
Assis au pied du coteau,
Les rossignols du château.
Vois donc : La lune se lève ;
Nous nous aimerons tantôt.
Embarquons-nous pour le rêve.
Notre jeunesse, à tout prendre,
Ressemble à ce vin nouveau
Dont nul ne se peut défendre,
Tant il vous monte au cerveau,
Et nous buvons au cuveau.
Mais la fête un jour s’achève ;
Il faut pleurer comme un veau.
Embarquons-nous pour le rêve.
Qu’elles étaient d’un vert tendre,
Les feuilles de l’arbrisseau !
Qu’il faisait bon voir descendre
Le joli petit vaisseau !
La vie est comme un ruisseau,
Si limoneuse et si brève !
La tombe touche au berceau.
Embarquons-nous pour le rêve.
Aussi frêle qu’un roseau,
Près d’Adam, notre mère Ève
File encor son blanc fuseau.
Embarquons-nous pour le rêve.