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1892

Envoi

Gabriel VICAIRE

La douce nuit vient d’étendre Sur les bois son bleu manteau. Ma jolie, allons entendre, Assis au pied du coteau,

Les rossignols du château. Vois donc : La lune se lève ; Nous nous aimerons tantôt. Embarquons-nous pour le rêve.

Notre jeunesse, à tout prendre, Ressemble à ce vin nouveau Dont nul ne se peut défendre, Tant il vous monte au cerveau,

Et nous buvons au cuveau. Mais la fête un jour s’achève ; Il faut pleurer comme un veau. Embarquons-nous pour le rêve.

Qu’elles étaient d’un vert tendre, Les feuilles de l’arbrisseau ! Qu’il faisait bon voir descendre Le joli petit vaisseau !

La vie est comme un ruisseau, Si limoneuse et si brève ! La tombe touche au berceau. Embarquons-nous pour le rêve.

Aussi frêle qu’un roseau, Près d’Adam, notre mère Ève File encor son blanc fuseau. Embarquons-nous pour le rêve.

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