Un soir de l’autre semaine
Que j’étais presque éméché,
Je vis la belle Germaine
Triste comme le péché.
Oh ! ce que j’en fus touché !
« Qu’est-ce donc qui vous afflige
Et pourquoi cet œil fâché ?
‒ Anatole me néglige.
‒ Mon Dieu ! quelle âme inhumaine,
Anatole ! un débauché,
Ou bien quelque énergumène !
‒ Lui, c’est le parfait miché.
Jamais il n’a découché.
‒ Tu veux pas que je te bige ?
‒ Non, j’ai le cœur empêché ;
Anatole me néglige.
‒ Alors c’est un phénomène,
Il ne t’est guère attaché.
‒ Qu’y faire ? L’amour nous mène
Quand on s’est amouraché.
‒ Qu’à son tour il soit lâché !
Calmez, calmez-vous, » lui dis-je.
Elle a toujours pleurniché :
« Anatole me néglige. »
Prince, si j’ai l’air penché
Comme un lys blanc sur sa tige,
N’en soyez effarouché :
Anatole me néglige.