Ali-Joseph-Augustin VIAL DE SABLIGNY
A quelle triste époque en sommes-nous hélas ! Et quel gouffre profond s'est ouvert sous nos pas ! N'était-ce pas assez d'une première lutte Où la France, râlant, tombait de chute en chute ?
Fallait-il entre nous mettre le désaccord Et de nos propres mains aggraver notre sort ? Fallait-il, en un mot, pauvres tous que nous sommes, Au rang des animaux descendre, nous, des hommes,
Des frères, des amis, destinés à s'aimer, A se tendre les bras, non à se décimer. Oh ! la guerre civile ! abominable chose ! Vrai présent de Satan, que de maux elle cause !
Que, d'effroi, de tourments elle jette en nos cœurs ! Que de sang répandu, de victimes, de pleurs ! Qu'a-t-on fait de Paris, de la ville merveille Qui dans tout l'univers n'avait pas sa pareille ?
Que sont-il devenus tous ces beaux monuments Qui de la capitale étaient les ornements ? Une aveugle fureur, une indicible rage Ont fait passer sur eux le niveau du ravage ?
Un terrible fléau, le feu, les a détruits, Abîmés, renversés en moins de quelques nuits ! Regardez, les voilà ! qu'en reste-t-il ? la place, Où d'un doux souvenir on cherche en vain la trace !
On n'a rien respecté ! Partout de noirs débris, Des décombres fumants, voilà, voilà Paris, Paris, temple des arts, entre de la science Paris, fils du Progrès et de l'intelligence !
Au milieu des obus qui sifflaient en passant, Nous avons vu le ciel s'empourprant, s'embrasant ! Sur dix points à la fois s'allumait l'incendie ! Sur dix points à la fois, l'horrible tragédie
Déroulait ses tableaux qui faisaient frissonner ! Un pendant de Moscou qu'on voulait nous donner ! Nous avons vu monter ces rouges banderolles, Des funestes combats affreuses girandoles,
Broyant dans leurs baisers et le marbre et le fer ! On aurait pu se croire au milieu de l'enfer. Nous avons vu jaillir des bouquets d'étincelles Entraînant des torrents de fumée avec elles !
Nous ayons entendu les murailles craquer Sous l'effort de la flamme et puis se disloquer ! Nous avons entendu crouler les édifices Et nous avons gémi sur tant de sacrifices !
Nous avons entendu des cris de désespoir, Des appels déchirants qu'on ne peut concevoir ! Les foyers sont éteints, la cendre est refroidie !… Mais la misère est là, derrière l'incendie !
Il fallait, au matin, voir ces infortunés Contempler l'œil hagard, leurs logis ruinés ! C'était tout leur amour, leur bonheur, leur richesse, Le fruit de leurs labeurs, l'appui de leur vieillesse !
C'est à nous, que le ciel a sauvés du danger Qu'il convient aujourd'hui d'aider, de protéger Ceux qui n'ont plus d'abri pour reposer leur tête ! Réparons les dégâts produits par la tempête !
A force de courage, à force de vigueur Il faut rendre à Paris son antique splendeur. Paris doit, en dépit des revers, des désastres, Briller comme un soleil au premier rang des astres.
Paris est immortel ; il doit, phénix nouveau, Renaître de sa cendre, et plus grand et plus beau.
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