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1870

LE BIVAC

Louis-Lucien VERMEIL

C'est l'heure du bivac ; quelque poutre enflammée Réchauffe les soldats de cette grande armée. Un bon feu fait du bien. On parle des combats ; Pas un mot des absents, il faudrait parler bas.

Les hauts faits, les exploits, les actes de bravoure : Il suffit de conter,… un cercle vous entoure. On s'anime au récit de ce bon vétéran Qui met l'entrain partout et le silence au rang.

En l'écoutant ainsi plus d'un conscrit s'enflamme ; La Vaillance et l'ardeur renaissent dans son âme. « Ceux qui tûront le mieux et ne broncheront pas « Auront la croix d'honneur !… Conscrits, marchez au pas ! »

On boit, on s'étourdit et la chanson joyeuse Vient dérider les fronts et rend l'âme oublieuse. On plaisante et l'on rit ; mais la mère et l'enfant Pleurent sous leur vieux toit, de sanglots étouffant !

On plaisante et l'on rit ; mais là dans les coins sombres Gisent des corps sanglants au milieu des décombres ! On plaisante et l'on rit ; — mais peut être demain D'autres riront pour vous !Sort barbare, inhumain !

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