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1870

LA DÉFAITE

Louis-Lucien VERMEIL

Ah ! quel frémissement dans le corps d'une armée Qui marche au premier feu, sous des flots de fumée, Dans ce premier élan, oh ! comme il bat le cœur, Personne n'est vaincu, personne n'est vainqueur !

La victoire apparaît comme un lointain mirage Entre le ciel et vous, soutenant le courage. On s'en remet à Dieu qui peut nous secourir. On est bien résolu de vaincre ou de mourir.

Chacun marche, obéit au signal des batailles, Et suit son général, son drapeau ! — Les broussailles, Les torrens, les ruisseaux, on les franchit toujours. Mais j'entends la trompette et des roulemens sourds…

Le sol soudain vacille ! Et la terre tremblante Frémit de toute part d'horreur et d'épouvante ; Une voix formidable éclate dans les airs Elle gronde, elle tonne, au milieu des éclairs !

La foudre est déchaînée ; elle tombe, elle frappe, Elle abat les soldats ! — Telle on voit une grappe Écrasée à moitié sous le choc des grêlons ; Tels encor des épis couchés sur les sillons !

Là-bas, les lourds affûts, les caissons qu'on amène, A force de chevaux, tous harassés de peine. Le feu va redoubler ; et des monceaux de morts Témoigneront demain de ces nouveaux efforts.

Regardez-la crouler la vivante muraille Qui s'effondre en criant sous un coup de mitraille. Le courage est vaincu ! les drapeaux déchirés ! La foudre des combats a détruit les carrés !

En vain ramène-t-on les fuyards sur la route : « Sauve, sauve qui peut ! » c'est plus qu'une déroute ! Un souffle d'épouvante avait passé sur eux ; Ils couraient, ils hurlaient, sur les chemins poudreux,

Jetant dans les fossés, dans les blés, dans les herbes, Leurs sabres, leurs fusils et leurs drapeaux superbes ! « Sauve, sauve qui peut ! » et bientôt les fuyards Sont arrêtés au loin et pris par les hussards.

Sonnez, sonnez clairons, annoncez la victoire, Allez et recueillez les lauriers de la gloire ; Emmenez dans vos forts des chaînes de captifs ; Ils marchent abattus, consternés et pensifs !

A Metz, comme à Sédan, partout on capitule ! Et l'on trahit peut-être ? — En tout cas on recule. — Pauvres femmes, où sont vos frères, vos maris ? — Dans ce cercle étouffant qui resserre Paris !

Les autres prisonniers dans un fort de Bavière, Ou bien à l'hôpital, ou bien sur la civière ! Que savons-nous, hélas ! Que savons-nous d'ailleurs ? Non, nous ne savons rien et de là tous nos pleurs !

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